Dominic
Poutine sagas

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20 sep 2019

Se faire attaquer par des baleines. Possible?

« Qu’est-ce qui arrive si on se fait attaquer par une baleine pendant qu’on fait du paddleboard sur le fleuve? » Une question aux apparences un peu idiotes qui est devenue la source d’une anxiété comique chez mes deux co-pilotes -deux filles dans la trentaine- en chemin vers Havre-Saint-Pierre.

Une belle question, et je semblais être le seul à pouvoir y répondre pour des raisons obscures. Elles me regardaient comme si j’avais fait un baccalauréat en défense contre les attaques de baleines à l’Université du Québec à Moncton. (Je donne 1000$ à quelqu’un qui me confirme que le cours existe).

Ma réponse : « On se fera jamais attaquer par des baleines, voyons. C’est impossible. » Malgré mon ton de directeur d’école, elles ne semblaient pas convaincues. Alors je me suis donné comme mission de leur expliquer pourquoi elles avaient peur des baleines, et pourquoi c’est complètement ridicule.

La réputation des baleines dans la culture populaire

C’est souvent là que commencent les préjugés sur 56 affaires : la culture populaire, le cinéma, les médias (sociaux). La preuve, Jaws (1975) nous a foutu la trouille des requins, Twister (1996) la peur bleue des tornades et Sharknado (2016) la peur mortelle des tornades avec des requins dedans. J’ai donc fait le tour des attaques de baleines dans la culture populaire, et j’ai trouvé deux exemples de ce qui explique peut-être la peur de mes deux collègues de van.

Moby dick – la baleine en beau fusil

Moby Dick est la plus populaire -et l’une des seules- histoires d’attaque de baleine à l’état sauvage des temps modernes. Selon le Canadian Geographic, le récit est basé sur un fait réel, soit l’attaque qu’a subie le Essex (un baleinier – chasseur de baleines) le 20 novembre 1820 dans le Pacifique Sud. Selon la légende, le cachalot de 25 mètres était tellement en maudit après les pêcheurs qu’il aurait fendu le bateau à grands coups de j’vais-vous-noyer-ma-gang-de-pas-fins. Selon Lance Barrett-Lennard (2015), scientifique et directeur du programme de recherche sur les mammifères marins de l’Aquarium de Vancouver, « les incidents impliquant des baleines remontent principalement aux temps où la chasse à la baleine était permise. »

Mais attention, le chercheur nous invite rapidement à nous remettre en contexte.

Malgré la chasse, les altercations entre les hommes et les baleines sont déjà rares, et encore plus rares sont les histoires confirmées où une baleine aurait volontairement entré en collision avec un baleinier. Le scientifique explique que n’importe quel animal qui se fait garrocher des dizaines de harpons, de câbles et de filets risque d’essayer de se défendre, surtout les cachalots. Ceux-ci sont reconnus comme la plus grande espèce de cétacés à dents qui s’attaquent à d’autres espèces marines comme les calmars et les poissons. Selon Stephen L. Cumbaa, chercheur émérite en paléobiologie au Musée canadien de la Nature à Ottawa, les cachalots mâles pourraient effectivement utiliser leur grosse tête comme défense (un peu comme un bélier) lorsque vient le temps de péter la yeule à un autre mâle, mais contre deux ou trois humains en costume de bain sur des paddleboards.

Oui, mais les orques, eux?
En anglais, c’est des « killer whales »

Intéressant. Les orques sont effectivement les plus grands prédateurs des océans. Au menu : autres poissons, oiseaux marins, phoques, pieuvres, calamars, requins et… d’autres baleines. On soupçonne d’ailleurs que c’est de là que vient leur nom qui sonne comme un band de death metal. En espagnol, on les appelle « ballena asesina » (baleines assassines) et les baleiniers d’autrefois les appelaient « Killers OF whales » (tueurs DE baleines). Avec le temps, l’expression « Killer Whales » est resté dans le jargon. Donc des tueurs, oui, mais pas de n’importe quoi.

Aucun humain n’a encore été tué par un orque en liberté à ce jour. Et voici une piste de réponse.

Les orques sont des animaux hautement intelligents. Ils sont parmi les rares espèces qui ont développé un langage pour communiquer, apprendre et échanger. Quand une mère accouche, elle élève son enfant pendant 2 ans et lui enseigne, entre autres, comment chasser des espèces assez spécifiques (Blue Planet, 2017). Par exemple : les orques de la Norvège apprennent à leurs kids à bouffer les bancs de poisson dans l’océan alors que les jeunes orques de la Patagonie s’en prennent à des bébés phoques sur la plage (kill them all). Il semblerait que l’humain n’a jamais figuré nulle part, ne serait-ce qu’une seule fois, dans le guide alimentaire de l’orque.

J’entends déjà ceux qui vont me dire : « Ouain, mais je suis allé sur Google pis j’ai lu qu’il y a eu des accidents un peu partout. » Effectivement, accrochages il y a eus. À notre connaissance, une dizaine de répertoriés, dont ceux-ci :

1- En 1910, des orques ont essayé de renverser un photographe et son chien pendant l’expédition Terra Nova. Les chercheurs stipulent que les jappements du chien ont été confondus par les orques au bruit des phoques.

2- En 1972, un groupe d’orques a endommagé le Lucette, qui a fini par couler à 320 kilomètres à l’Ouest des Îles Galapagos. La famille de Dougal Robertson s’est enfuie en radeau pneumatique. Les orques s’en sont un peu balancés.

3- En 2005, un garçon de 12 ans s’est fait rentré dedans par un orque de 7.6 mètres en Alaska, sans être blessé. Les experts pensent qu’ils ont confondu le gamin pour un bébé phoque.

4- En 2011, un groupe d’orques a fait des vagues autour du bateau de l’équipe de tournage de la BBC sur Frozen Planet. La production a confirmé que les orques faisaient la même manoeuvre avec les phoques pendant le tournage.

5- En 2014, un plongeur s’est fait traîner pendant 40 secondes sous l’eau par un orque. Après analyse de l’incident, on s’est rendu compte que l’animal voulait lui voler son sac d’écrevisses et que son pied était pris dans les cordes.

Si on compare les statistiques, on semble avoir autant de chance de se faire croquer un bras par un orque que de gagner la Loto 649, soit une chance sur 14 millions. Les amateurs de Jaws vont être déçus.

Conclusion

Évidemment, après avoir fait le tour de ces deux principaux mammifères (cachalots et orques), les filles m’ont sorti la liste de tous les autres scénarios possibles :

– Ouain, mais un Beluga pa content, c’est agressif, non?

– Un rorqual commun qui monte trop vite, c’est sur que tu tombes!

– Une baleine bleue qui te saute dessus, tu te pètes en mille!

– 20 tonnes qui fait des vagues, c’est sur que je tombe dans l’eau.

– [Insérer autre connerie ici].

Après validation avec une experte en biologie marine au MICS (Mingan Island Cetacean Study Center) qui s’appelle Viridianna, il suffit surtout de profiter du fleuve et de laisser les baleines faire ce qu’elles ont à faire sans les harceler. Que celles-ci sont un peu comme des grandes vaches qui se fouttent un peu des humains qui passent à la surface.

Malheureusement, pour les amateurs de tornades avec des requins dedans, les baleines ne semblent pas le meilleur casting pour vous faire peur pendant votre prochaine balade en SUP.

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