Dominic
Viking Sagas

Article

5 fév 2020

La norvège : le paradis du vanlife?

On arrive à Tromsø, une ville située à 350 kilomètres au nord du Cercle Arctique. Entre vous et moi, ça sonne frette en prêtre. À cette hauteur-là, je m’attendais à ce qu’on se gèle le dedans des bobettes en sortant de l’avion. À notre grande surprise, la brise tiède du mois de septembre (similaire à celle du Québec) était plutôt réconfortante. La seule différence avec chez nous : en Norvège, l’air sent le propre. Tsé l’odeur « Brise fraîche » sur les bouteilles de Febreeze, ben ça sent à peu près ça.

Le outdoor, le vrai

On dirait que la Norvège au complet est commanditée par Mountain Equipment COOP : la nature gagne un Oscar à chaque année et les gens du pays l’ont vite compris. Les îles du nord (les Lofoten) sont crevassées de Fjords interminables (1190 pour être précis) et de petites routes scéniques dignes de la Gaspésie sur les stéroïdes, enveloppées de l’océan Atlantique et de toutes les sortes de baleines qu’on peut retrouver dans les histoires de Moby Dick. Le pays est aussi propriétaire de l’ile de Svalbard : un paradis arctique mystérieux digne d’un western enneigé tourné dans l’ex-URSS. Bref, du grand génie.

Pour mettre une cerise sur le sunday, les Norvégiens ont même une loi spécifique pour permettre à tous de profiter de cette richesse nationale. Une loi basée sur un droit fondamental en Scandinavie : l’Allemansretten (VisitNorway, 2019).

L’allemansretten – ouate de phoque?

On a appris la bonne nouvelle en arrivant chez Arctic Campers, à Tromsø, où on a rencontré Henning (le proprio). Après avoir fait le tour de notre van de location (un Passenger de Volkswagen converti), on demande à notre grand chum où sont les plus beaux campings du coin. Il nous a regardé pendant quelques secondes sans réponse, l’air perplexe, et nous a simplement répondu : « Oh… you can camp anywhere. »

« You can camp anywhere, you say? », lui demandai-je. « Yes, just as long as you follow Allemansretten » me dit-il avec son accent un peu cassé par le frette.

J’ai fait le tour des mots qui pourraient ressembler à ce qu’il venait de dire dans ma tête. Un Allemand? Qui nous indique le chemin? Vers les campings? Et après avoir fait la face du gars fier qui a tout compris, j’ai fini par abandonner la fierté mal placée et lui dire : « Allemans-what? »

Le droit d’accès à la nature, traduit littéralement par « le droit de tous », ou « All men’s right », est un vieux règlement qui date du début des temps. Depuis 1957, ce droit est inscrit dans la loi norvégienne afin de régir les loisirs de plein-air. En gros, il stipule que sous certaines conditions, « tout le monde a un droit acquis de profiter de la nature, même sur des terrains essentiellement privés ». (ibid) Si on appliquait ça au Québec, ça voudrait dire que les pancartes « terrain privé » que Gilles a installées sur son terrain de 10 acres pour son futur chalet ne serviraient à peu près à rien. (Kin toé, Gilles)

Excités à l’idée de partir en van avec un sentiment extrême de liberté (je nous imaginais déjà stationnés sur un pic enneigé à 3000 pieds d’altitude à chasser le caribou pour manger notre déjeuner entouré de faucons), notre ami Henning nous a rapidement rappelé à l’ordre : « There are certain rules you have to follow for Allemanstretten ». (Scuse-nous, Gilles, on te revient avec plus d’infos.)

Voici, en gros, ce qu’il fallait savoir pour respecter l’Allemanstretten :

  1. que tout individu pratiquant un sport de plein air peut s’installer pour la nuit à plus de 150 mètres d’une propriété privée;
  2. Que tout individu peut s’installer pour une nuit seulement. Au-delà d’une nuit, une permission du propriétaire est requise;
  3. Que tout individu qui utilise un terrain doit laisser l’endroit plus propre qu’il ne l’a trouvé;
  4. Que les feux sont permis dans des périodes annuelles précises qu’il faut respecter;
  5. Qu’il faut agir avec respect des lieux en tout temps, en évitant le bruit, les déchets ou tout autre acte d’incivilité.

En gros, mon Gilles, tout le monde pourrait se camper sur ton terrain à condition qu’ils fassent preuve de GROS BON SENS, à 150 mètres de ta future cabane, pour une nuit.

I was capoting my pants in the van. Capoting. My. Pants.

La norvège : le paradis du vanlife?

Ce que ça voulait dire pour nous dans notre Arctic Camper deluxe, c’était qu’on n’avait pas besoin de planifier les endroits où on allait stationner le van pour la nuit, contrairement à certains road-trips canadiens où la GRC t’attend avec son cheval si jamais tu te trouves à la mauvaise place à 3h00 du matin. Ça voulait aussi dire qu’on pouvait s’arrêter à peu près n’importe où, se faire un petit souper, et dormir : sur le bord d’un Fjord avec des orques au loin, au pied d’une falaise de 1000 pieds avec de la brume su’l top ou sur un quai en attendant le levé du jour entouré de pêcheurs.

Seigneur. Seigneur. Quessé tu veux j’te dise.

Le contact avec la nature en est un vrai en Norvège, chose particulièrement intéressante quand tu te promènes avec une maison de 50 pieds carrés. L’immense respect qu’ont les Norvégiens pour les éléments transpire de partout (y compris de leurs vestes Patagonia). Une dame qu’on a rencontrée pendant une randonnée nous a même dit que c’était mal vu de rester enfermé chez soi pendant une journée complète, beau temps, mauvais temps. Que c’était inquiétant quand un voisin restait assis sur son divan trop longtemps, et que les Norvégiens n’ont pas peur de ramener un touriste irrespectueux à l’ordre.

Bref, le pays est programmé pour être dehors, et en forme. C’est culturel.

L’autre côté de la médaille

Quand on a demandé à notre amie randonneuse pourquoi les offices du tourisme ne mettaient pas plus de l’avant cette particularité du pays, elle a simplement répondu : « Maybe we don’t want to have too many tourists. It’s already hard with the tourists. »

Et elle nous a rappellé que l’Allemansretten avait dû être resserrée en Islande en 2016 à cause du manque de savoir-vivre et du volume de certains touristes internationaux. Que les chutes islandaises autrefois vierges sont maintenant clôturées, que les campings sont aujourd’hui seulement permis dans des zones réglementées et que seules certaines pratiques de plein-air bénéficient d’un « droit d’accès à la nature » avec certaines restrictions.

Comme quoi Gilles n’est peut-être pas aussi sévère qu’on ne le pense avec ses pancartes. Qu’il faut juste lui montrer qu’on sait vivre un minimum.

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